Sextorsion : que faire si on est victime
On vous menace de diffuser des images intimes si vous ne payez pas. Marche à suivre, calme et procédurale.
Le scénario typique
Vous avez échangé en ligne avec une personne (rencontre, Snap, Instagram, Tinder). À un moment, elle vous a demandé des photos ou une vidéo intime. Vous avez envoyé. Quelques heures plus tard, elle vous demande de l'argent (500 €, 1500 €, parfois plus) en menaçant de diffuser à votre famille, vos collègues, votre employeur.
La règle absolue : NE PAYEZ JAMAIS
C'est contre-intuitif mais c'est documenté par toutes les sources sérieuses (FBI, OFAC français, Cybermalveillance.gouv.fr) :
- Payer n'éteint pas la menace
- Payer signale que vous êtes solvable et terrorisé
- L'attaquant reviendra dans les 30 jours pour redemander
- 90 % des victimes qui paient sont sollicitées à nouveau
Le seul moyen de sortir de la spirale est de briser le silence et de mettre l'attaquant face à la procédure légale.
La marche à suivre, étape par étape
Étape 1 : Conserver les preuves
Captures d'écran de tous les échanges, du profil de l'attaquant, des éventuelles photos ou vidéos qu'il vous a montrées (s'il en a fournies). Sauvegardez sur 2 supports différents (téléphone + ordinateur). Notez les dates, les heures, les moyens de paiement demandés.
Étape 2 : Bloquer et signaler à la plateforme
Bloquez l'attaquant sur tous les canaux où il vous contacte. Signalez son profil à la plateforme (Instagram, Snapchat, Facebook). Les grandes plateformes coopèrent généralement bien sur ces cas.
Étape 3 : Parler à quelqu'un de confiance
Quelqu'un de votre cercle proche, qui sait garder un secret. Parler casse l'isolement, qui est l'arme principale de l'attaquant. Si vous êtes ado ou jeune adulte, parlez à un parent ou un adulte de confiance. Si vous êtes adulte, parlez à votre conjoint, un ami proche, ou un thérapeute.
Étape 4 : Appeler le 3018
Numéro gratuit, anonyme, 24h/24, géré par l'association e-Enfance. Formé spécifiquement à la sextorsion. Ils peuvent obtenir le retrait d'urgence des contenus chez les grandes plateformes et accompagner la suite procédurale.
Étape 5 : Déposer plainte au commissariat
Essentiel pour l'enquête (l'attaquant fait souvent une dizaine de victimes en parallèle), pour les preuves, et pour l'éventuel recours en assurance. La plainte est gratuite et peut se faire en ligne sur masecuritenumerique.gouv.fr.
Étape 6 : Signaler à PHAROS
Plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements : internet-signalement.gouv.fr. Permet à la police de croiser votre cas avec d'autres pour identifier l'attaquant.
Et si la diffusion a déjà eu lieu ?
Pour les mineurs : le 3018 obtient des retraits en quelques heures chez Meta, TikTok, Snapchat (conventions de coopération).
Pour les adultes : la procédure est plus longue. La plateforme StopNCII.org (gérée par une fondation britannique) permet de générer un hash de l'image qui sera reconnu et bloqué par les grandes plateformes. Gratuit, automatisé.
La sextorsion sur mineurs
Si la victime est mineure, c'est plus grave juridiquement (peines aggravées pour l'attaquant) et plus simple à résoudre (les plateformes coopèrent immédiatement). Toujours impliquer un adulte de confiance et appeler le 3018.
La prévention
- Ne jamais envoyer de contenu intime à une personne rencontrée en ligne il y a moins de 6 mois
- Ne jamais envoyer de contenu intime depuis un compte ou téléphone professionnel
- Si vous tenez à envoyer, ne montrez pas votre visage et aucun signe identifiable (tatouage, environnement, etc.)
- Discutez avec vos enfants ados de ce risque sans tabou, en avance, pour qu'ils sachent que vous serez là sans jugement si ça arrive
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